Première sortie !

Il en fallait une, la voilà. La toute première sortie d’Amandyne, en plus de 8 ans d’existence. Et pas n’importe où ! Près du Tower Bridge de Londres. Oui, parce que maintenant je vis à côté de Londres, pour des raisons trop chiantes à expliquer pour que je m’étale dessus ici. Je rejoins la tradition et vais donc détailler un gros article-pavé sur cette première sortie d’un travesti.

Une drôle d’idée

L’idée est venue de Nina. J’étais dans un hypermarché Asda début octobre quand, tombant sur sur le rayon Halloween, je vois des déguisements pas bien chers. Plusieurs robes assez jolies qui feraient très bien pour mes traditionnelles sessions photos. J’en mets donc une sur Facebook :

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Nina me suggère d’en faire un déguisement pour Halloween. Quelle drôle d’idée ! Moi, acheter une robe pour sortir ? Pour montrer Amandyne au monde ? C’est totalement… ben pas con en fait, me dis-je. Je peux tout à fait prendre ce genre de risques puisque je suis désormais célibataire et n’ai plus à avoir peur de faire honte à ma femme (bon, vous commencez à voir ce que je fous à Londres). La décision est prise, je ferai ma première sortie là.

Préparation

Je suis retourné chez Asda trois semaines plus tard (j’étais en France entre temps), la robe n’était plus disponible que dans des tailles trop grandes ! Un peu dégouté mais pas démotivé, j’ai fait quatre ou cinq Asda en deux jours, mais sans succès. A moins d’une semaine d’Halloween, les stocks de déguisements étaient tous épuisés. C’est en cherchant par hasard un autre costume dans une rue marchande à quelques kilomètres de chez moi que je suis tombé sur un autre Asda. Planquée dans un tas de déguisements en vrac, à droite sur la photo (au lieu d’un magnifique rayon), c’est donc totalement par hasard que j’ai trouvé ma robe, la dernière de ce modèle, de la bonne taille, et sans étiquette. Gros gros coup de moule.

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J’avais donc la robe, il ne restait qu’à trouver un bon maquillage et quelle perruque choisir. Le maquillage, je l’ai piqué là :

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Je l’ai testé trois fois avant le jour J, en faisant mieux à chaque fois. Il ne restait plus qu’à être certain de la perruque. J’en ai essayé pas mal, certaines allaient bien (la blonde et les deux dernières) et d’autres… euh, carrément trop pas. Je vous laisse vous faire un avis.

J’ai choisi la dernière, c’est elle qui allait le mieux avec la robe. Et puis j’ai toujours accordé une importance particulière à celle-là vu que c’est le modèle Mandy, donc le coeur d’Amandyne.

Allez, on y va !

Pour le lieu, j’avais du choix. Ne connaissant personne sur Londres je pouvais vraiment me rendre où je le voulais. Mais je ne me sentais pas de me pointer comme ça seul dans une soirée « normale » dans n’importe quel bar. J’ai donc cherché s’il y avait des événements impliquant des travestis simplement transgenre, et je suis tombé sur la soirée du club The Way Out, qui était le samedi 1er novembre. 200 personnes annoncées, donc assez pour se fondre dans la masse. C’était idéal, juste un peu loin de chez moi. En train ou en voiture c’était 1 heure de trajet, mais j’ai plutôt envisagé la voiture histoire de ne pas être bridé par des horaires de train contraignants.

Le jour J arrivé, j’ai mis beaucoup plus de temps que prévu à me préparer. Trois heures, rien que ça ! J’ai apporté un soin tout particulier au maquillage, encore une fois plus réussi que lors de l’essai précédent. J’ai aussi rajouté un collier fort chouette et quelques bagues (inédit pour moi), et voilà j’étais fin prêt.

En sortant de ma chambre je tombe sur une colloc qui n’a pas vraiment paru surprise et m’a juste demandé si je partais ou revenais.

Allez, en voiture ! Et c’est là que j’ai eu mon seul stress de la soirée : je suis sorti en talons (j’ai quand même emporté des ballerines), et au moment de mettre les pieds sur les pédales (non, j’étais pas encore au club transgenre) je me suis rendu compte que jamais je n’arriverais à appuyer dessus avec ces chaussures. Je me suis mis à trembler d’une façon assez inexplicable, j’ai changé de chaussures, et hop, c’était parti. Une heure de quart de route (Londres c’est grand) sur laquelle j’ai croisé un bon nombre de gens déguisés, sauf en arrivant dans le centre où il n’y avait plus personne qui semblait fêter Halloween.

The Way Out, exactement ça

Le nom du club est vraiment pas con : c’est effectivement un très bon endroit pour sortir une première fois en nana. Cependant, il n’est pas forcément facile à trouver puisqu’il se trouve dans l’arrière-salle d’un bar tout à fait respectable. Je galère donc un peu devant le bar, ne trouvant aucune indication que je suis au bon endroit, et un type qui sort du « The Minories » vient me voir, me demande ce que je cherche. Je lui réponds que je cherche The Way Out. Le type me dit qu’il sait où il se trouve mais me tchatche, me demande mon numéro, tout ça. Je lui explique que je n’ai qu’un numéro de téléphone français (je ne mens pas souvent, mais comme quoi ça m’arrive), et j’arrive à me dépatouiller. Une consœur travestie un peu plus âgée vient me voir, me demande si moi aussi je cherche The Way Out, et nous rentrons dans le bar demander notre chemin. Nous arrivons donc à The Way Out, où je me déleste de £7 (pas bien cher pour un club, parait-il) et arrive dans une atmosphère tout à fait nouvelle pour moi.

Beaucoup de monde, mais peu de gens déguisés malgré le thème Halloween. La proportion de population était à vue de nez la suivante : 20% de travestis (de tous les âges, mais tous très bien transformés), 20% de transsexuels ou femmes bio (impossible de savoir pour certaines), et 60% d’admirers venus draguer les 40% sus-cités. Mais je me suis senti comme un poisson dans l’eau : pas de stress, pas de sentiment d’infériorité vu que mon maquillage était réussi et que j’ai eu des compliments sur mon costume toute la soirée. Juste un immense respect pour beaucoup de travestis tellement bien maquillés/formés que j’étais hyper jaloux. J’ai toujours eu une petite pulsion de compétition, mais là j’étais clairement battu. Enfin je pense, car il faudrait que je voie avec un maquillage normal ce que je donne à côté d’eux, là ce n’était pas trop comparable.

Je me suis fait une amie, Ivina (Ivyna ?), travesti depuis plusieurs années, marié, plus petit que moi et avec un visage bien féminin. Il m’a énormément rappelé Eloïse Jinn (qui s’appelle maintenant Solveig), mon mentor du début d’Amandyne. Quand on discutait, j’avais vraiment l’impression qu’on était deux mecs qui causaient bricolage plutôt que deux travestis qui parlaient de maquillage, de hanches et de seins. Du coup, la soirée s’est déroulée super naturellement pour moi, même quand je suis allé danser en talons, moi qui n’avais jamais porté de talons plus de 20 minutes d’affilée ! Là j’ai tenu quatre heures. Je suis fier de moi.

Je me suis fait draguer par quatre ou cinq mecs. L’un d’eux était un peu plus lourd, revenant à la charge pas moins de deux fois après l’avoir envoyé balader gentiment, lui ayant pourtant expliqué à chaque fois que j’étais hétéro et qu’il ne devrait pas perdre son temps avec moi. Il m’a fait prendre conscience (enfin, lui et les autres) de l’horreur que subissent les filles en boîte, à se faire aborder par des lourds qui n’ont probablement qu’une idée en tête, alors que toi tu es juste là pour danser et boire avec tes amis. Je n’avais jamais vraiment réfléchi à la gêne que cela représentait, et j’ai réalisé en le vivant que ce n’était pas forcément une bonne chose d’aborder une fille qui nous plait. Désormais je réfléchirai à deux fois avant de le faire…

J’accorde une mention spéciale au type qui, après m’avoir causé un peu dans les toilettes (oui, je vais dans les toilettes des mecs), est venu me demander plus tard, et je vous la laisse en V.O. : « Excuse-me ? No offence, but I’m desperately looking for an escort… are you… ? ». Je lui ai poliment répondu que non, et ça m’a amusé. Pour une vraie fille la situation aurait été insultante, mais moi je l’ai plutôt bien pris : ça prouvait j’étais assez convaincant pour être désirable, tout en étant sexy dans une robe longue. Je ne pensais pas un jour que je serais flatté qu’on me prenne pour une pute.

Il y a eu un petit spectacle avec trois Drag Queen, sympa mais trop court. L’une des trois (Mis-Fit, qu’elle s’appelait) était vraiment canon dans une tenue à la Madonna ! Avec un très beau visage et un corps très fin, très convaincante. Elle est sortie un peu plus tard (dans une autre tenue) et a accepté que je la prenne en photo, en insistant que je sois avec elle sur la photo. Nous avons échangé quelques compliments sur nos tenues, j’étais vraiment honoré de susciter du respect de la part d’une Drag Queen professionnelle !

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Par contre les sourires c’est pas son truc.

J’ai décidé de partir vers 3h du matin. J’ai marché un peu dans le froid, et n’ai essuyé qu’un seul regard de dédain. J’ai viré le maximum dès que je suis entré dans la voiture, gêné par tout l’attirail : perruque, collier, boucles d’oreilles (ah oui, j’ai pu mettre des vraies boucles d’oreilles, pas avec clip, merci les oreilles percées, merci Nina encore une fois !), bagues, gants, serre-taille, le rembourrage en silicone, les deux couches de soutif en silicone, et le Magic Bra. Ca m’a fait du bien !

Sans la votiure j'aurais dû m'embêter avec les trains. Petit hommage à ma Yaris chérie. C'est d'ailleurs une Yaris TS, haha.

Sans la voiture j’aurais dû m’embêter avec les trains. Petit hommage à ma Yaris chérie. C’est d’ailleurs une Yaris TS, haha.

Trois quarts d’heure de retour en voiture, les rues de la banlieue encore bondées par les fêtards costumés. Oui, bondées. On se serait crus à 17h, mais il était plus de 3h du matin.

Retour à la maison, une bonne demi-heure de démaquillage, puis de beaux rêves. Et au réveil, tout mon bordel à ranger ! Mais ça valait totalement le coup.

13 réponses à “Première sortie !”

  1. First.

    Excellent ! Je suis vraiment content que ta première sortie soit aussi cool ; tu en garderas des souvenirs impérissables. Désolé de lire tes peines, par ailleurs, mais tu vois, l’air londonien te donne des ailes !

    Vraiment, ton maquillage était réussi et la gerbe de sang de tes lèvres est même assez dégoûtante. Quant aux beaufs harceleurs de travestis, il va falloir t’y faire, hélas… Ou leur montrer qui est le papa.

    Bisous !

    • Amandyne dit :

      Après, l’attention est quand même assez flatteuse. J’aurais peut-être mal pris de voir quelqu’un d’autre se faire draguer en continu et moi jamais.
      Du coup c’est motivant. Reste juste ma fichue règle des poils, d’ici ce week-end ça aura assez repoussé pour m’interdire d’Amandyne jusqu’à la prochaine épilation. Et vu le prix des épilations ici (genre £150 minimum), ben je risque pas de me faire épiler toutes les deux semaines. C’est assez triste, maintenant c’est juste mes poils qui me privent d’Amandyne alors que je n’ai plus d’attaches. L’air Londonien plus le célibat imposé est effectivement motivant pour prendre l’envol que je m’interdis depuis des années, mais je reste un fichu perfectionniste. Damned.

  2. Olga dit :

    Coucou, Amandyne ! Bravo pour ta première sortie, et j’espère pas la dernière ! Ton article est comme toujours drôle et léger. Il faut que tu en fasses plus souvent (des sorties et des articles !)

    Puis ton maquillage est super réussi et ne parlons pas de la maîtrise du décolleté !

    Continue comme ça !

    • Amandyne dit :

      Non pas la dernière ! J’ai trouvé ça assez chouette pour avoir envie d’y retourner dès que possible.
      C’est vrai que j’ai un peu laissé le blog à l’abandon aussi. Mais je me suis tellement pas occupé d’Amandyne cette année que je n’ai rien eu à dire. Ca pourrait changer.

  3. Nina dit :

    Zut, je commence à avoir des responsabilités, je vais faire attention à mes écrits. 😀

    Sinon, super content pour toi et ça fait plaisir de te voir aussi heureux en travesti. Ce n’était plus trop le cas dans tes derniers articles où on sentait un peu l’obligation de te travestir. Mais là, tu prends une nouvelle dimension et j’ai hâte de suivre tes prochaines aventures.

  4. lydie dit :

    Felcititations Amandyne,
    et désole pour ta rupture… CA me rappelle ma premiere sortie a Paris a la maison du travesti, quand moi aussi je m’étais séparé de ma copine. Profite s en pour explorer ton cote féminin, ca te permettra de voir les limites que tu ne veux pas dépasser. Par exemple, j’avais embrasse un autre travesti pour le fantasme, mais j’avais pose des limites sur les relations sexuelles car il y avait certaines choses que je ne voulais pas experimenter. Quoi qu’il en soit, sortir, mettre les talons et entendre le bruit des talons quand on marche, c’est le pied!
    Gros bisous et continue de nous faire part de tes aventures
    All the best

    Lydie

  5. Emma dit :

    Il était temps ! (petit navire, je ne résiste jamais, désolé)

    Je suis super content pour toi. Et vu comment tu racontes, je suis persuadé qu’il y aura bientôt de nouvelles sorties. Et que tu t’es trouvé une motivation pour chercher une solution pour ces maudits poils.

    Bisous.

  6. Jacqueline Joly dit :

    Nous ne nous connaissons pas Amandyne, mais je suis comme toi, comme vous toutes ici. J’ai commencé voici 8 ans maintenant, et ne suis pas prête d’arrêter. C’est à présent bien plus qu’une habitude, c’est un besoin, du bonheur à chaque sortie! Recommence dès que possible, et bientôt tu ne pourras plus t’en passer!
    Félicitations et bises de Jacqueline.

  7. Michelle dit :

    Félicitations pour ta première sortie officielle, c’est un événement qui en appelle d’autre,et bien passée en plus , avec un beau look et un trés jolie robe,Bizz

  8. Ivie (possibly!) dit :

    Hi Amandyne!
    Don’t let that stop you, think of of all the people you did speak to (and the outfits you could wear!)
    I’m not sure when I’ll next be there I’m afraid, but I do hope to make it to London generally in January (just not on a Saturday night). If you’d like to catch up, and indeed head out! Am I correct in thinking the comment shows up with my e mail attached? If so ping me so I can mail you directly 😉
    Ivie

  9. DOMINIQUE dit :

    bonjour pour avoir fréquenter londres je te conseille le quartier gay de soho a cote de leceister et picadilly circus de nombreux bar propose a l entree des journaux gratuit et des flayer de toutes les soirée et boite par semaine tous sexe confondus tu as aussi le madame jojo a soho qui est un peu le michou londonien que tu soit gay hetero ou trans londres est le paradis de la liberté tout le monde vie sa vie sans regarder la tenue de l autres tout en ayant un rapport de convivialité dans les pub profite bien et amuse toi

  10. Jessica dit :

    Une grosse anomalie du monde tv/tg vient d’être corrigée. Amandyne, toi qui a toujours cultivé ou chercher à cultiver un passing exemplaire, toi qui a inspiré des hordes de tv, qui a appris à d’autres hordes à se créer un décolleté….. tu est enfin sorti ! Enfin !! En plus je suis contente de lire que l’aventure était à la hauteur et je suis super contente pour toi que tu l’aies fait. Si moi je suis sortie, tu devais aussi !! Bravo.

  11. Géraldine dit :

    Quel beau récit, quelle belle sortie… mais quelle tristesse aussi de lire que tu as dû changer de vie pour laisser émerger Amandyne au grand jour. Ah, si seulement les gens pouvaient être plus légers !

    Merci pour ce voyage à Londres, dans l’univers du travestissement d’outre-manche.

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