« Es-tu un garçon ou une fille ? – Non. »

Non, je ne souhaite pas devenir une femme.
Non, je ne me sens pas femme lorsque j’enfile une robe.
Non, je n’ai pas besoin d’exprimer ma féminité.
Et pour cause.

 

Déjà, aviez-vous remarqué que la langue française n’a même pas de terme désignant précisément un individu* s’habillant avec les vêtements du genre opposé? Crossdresser n’a pas d’équivalent, et tout ce que l’on peut utiliser en restant franco-français est travesti, ce mot (péjoratif) dont la définition officielle est simplement “qui se déguise en un personnage”.

 

Mais au final, ça ne me concerne plus. Il y a un peu plus d’un an, il y avait eu une petite après-midi de formation au boulot sur la transsexualité. Effectifs: un formateur et trois employés volontaires (dont moi). Ca n’intéressait personne. J’y suis allé par curiosité, et j’en suis ressorti avec une vision différente de la vie. Carrément. Ce qui a changé, c’est que le formateur (né femme, mais préférant être désigné par un pronom neutre, facile en anglais) a parfaitement expliqué ce qu’était la non-binarité. J’ai été convaincu, et depuis je ne me désigne plus comme un homme – mais pas comme une femme non plus, c’est le principe. Par conséquent, je ne peux plus être un crossdresser étant donné que je n’ai plus de genre opposé.

 

L’idée, c’est que ce n’est pas la forme de ses organes génitaux qui va déterminer ce que l’on fait dans la vie. Et que la féminité et la virilité sont des notions d’une autre époque.

 

Est-ce que mettre une robe, c’est féminin ?

Est-ce que avoir de la barbe et se raser, c’est masculin ?

 

Vous répondrez par réflexe oui et oui. Mais qu’en est-il des femmes qui ne mettent jamais de robes (j’en avais épousé une) et de celles qui ont de la moustache et doivent l’épiler ? Ne sont-elles plus des femmes ? “Non, ça ne leur enlève pas leur statut de femme”, me direz-vous. Mais alors, qu’est-ce qui fait que l’on est une femme ou un homme ? Si ce n’est pas nos habitudes typiquement liées à un genre, est-ce seulement la forme de nos organes génitaux ? Ou notre sexualité ? Suis-je un homme si je suis attiré par les femmes ? La seule réponse que l’on pourrait me donner ayant un peu de sens serait “Je suis capable de donner la vie et d’allaiter donc je suis une femme”, mais la ménopause (ou la stérilité) enlèverait le statut de femme à ces personnes. Et de toutes façons, on en revient au sexe biologique et plus au genre.

 

Et c’est parce que ces questions sont tellement compliquées, qu’il est impossible de définir précisément ce qu’est le genre féminin ou le genre masculin, que j’ai décidé de botter en touche et rejoindre ces personnes réunies autour du “Mais qu’est-ce qu’on s’en branle ?”.

 

Dans la guerre Coca-Cola contre Pepsi, j’ai rejoint les rangs de Coca-Cola et vous ne me ferez jamais boire de Pepsi. Quand je demande un Coca dans un bar et qu’on me dit “Un Pepsi ça va ?”, je jette un regard noir au serveur et je réponds “Une limonade alors, merci”. Et là vous vous dites “On s’en fout de cette guerre, moi je bois aussi bien l’un que l’autre c’est du pareil au même”. Peut-être ne buvez-vous même pas de sodas, ou quoi que ce soit de gazeux. Félicitations, vous venez de vous déclarer non-binaire en ce qui concerne les sodas.

 

“Tu pars en vacances en juillet ou en août?”

“C’est quoi la meilleure de toutes les marques de voiture, Audi ou BMW?”

“Tu manges où si t’as la dalle, McDo ou KFC ?”

“La meilleure triologie c’est Star Wars ou Indiana Jones ?”

 

Vous comprendrez donc pourquoi il existe une alternative qui est “Ni l’un ni l’autre”, et qui fonctionne très bien pour les genres pour peu qu’on y réfléchisse.

 

La non-binarité se résume simplement à estimer que l’on est ni seulement homme ni seulement femme. Maintenant, dans la non-binarité, il y a une infinité de sous-catégories. Des hommes-femmes, des sans-genres, des genderfluid, chaque personne pouvant avoir sa propre définition parce que chacun est unique.

 

Du coup, où est-ce que je me situe là-dedans ? Eh bien, je ne sais pas trop. Et je m’en fiche un peu. Ma vision des choses est la suivante : le fait que je possède un appareil génital mâle ne vous dira rien sur moi, donc pourquoi m’appeler un homme ? Ca sert à quoi au juste ?

 

Comprenez-moi bien : je ne me réclame pas d’un genre à part, je dis juste que le concept de genre est une aberration. Si vous voulez vraiment me mettre dans une catégorie, “sans genre” me correspondrait le plus. Après, je n’ai rien contre les gens qui se déclarent d’un genre précis (c’est à dire 99.999% de la population) et je ne vais pas militer pour qu’ils abandonnent l’étiquette “homme” ou “femme” qu’on leur a collé et qu’ils ont volontiers gardé. Tout ce que je réclame, c’est le droit de n’appartenir à aucun des deux groupes.

 

Passons en revue la plupart des traits volontiers attribués au genre masculin (en opposition au genre féminin). Un homme…

  • ça aime le sport
  • ça aime les voitures
  • ça fait pipi debout
  • ça se trouve beau
  • ça a de l’ambition professionnelle
  • ça aime le bricolage
  • ça aime les armes à feu
  • ça joue aux jeux vidéo
  • ça préfère les chiens aux chats
  • ça se vante de ses conquêtes
  • ça aime bien la science et les maths
  • ça oublie les anniversaires
  • ça aime les femmes (et seulement les femmes)
  • ça n’a pas les cheveux longs
  • ça fait des concours de qui boira sa bière le plus vite
  • ça ne comprend rien au maquillage
  • ça ne fait pas le ménage
  • ça ne prend pas soin de son apparence
  • ça ne pleure pas devant les films
  • ça ne veut pas d’enfants avant 30 ans

 

J’ai écrit cette liste sans trop de mal, car ce sont des clichés qui viennent immédiatement à l’esprit pour opposer les hommes et les femmes. Seulement, je ne connais personne qui remplisse tous ces critères. Et la plupart de mes amis en remplissent à peine la moitié. Personnellement, seuls quatre ou cinq s’appliquent à moi. Et pourtant si on demande à n’importe qui dans mon entourage, il n’y a pas de doutes, je suis un homme. Serait-ce lié à mes organes génitaux alors ? C’est idiot pourtant, car à part mes partenaires sexuels personne n’est allé vérifier ce que je possédais sous la ceinture – je ne vois donc pas pourquoi on me caractériserait selon ça.

 

Mon but ici, c’est bien de vous faire comprendre que j’ai tout à fait le droit de ne me sentir à l’aise dans aucune catégorie. Je ne corresponds pas aux caractéristiques de comportement attribuées aux hommes, et je n’ai pas un corps de femme. Bref, je suis moi et je ne ressemble à personne.

 

Pourtant, j’aimerais bien que tout le monde pense pareil. Que l’on arrête de réfléchir en termes de équipe A et équipe B pour systématiquement opposer deux moitiés de la population humaine. Ou qu’on arrête d’opposer les gens, simplement ? J’ai parfois l’impression que ce qui rapproche les membres d’un genre est principalement l’opposition à l’autre genre – alors qu’il suffirait juste de se rendre compte qu’il existe d’autres options. “- PSG ou OM ? – Oh tu sais, moi j’aime pas le foot…”

 

Mais je ne vais pas militer activement pour la non-binarité. Si j’ai mis trente ans avant de me remettre en cause le concept de genre, je ne m’attends pas à ce que l’idée soit bien reçue par des personnes se sentant à l’aise dans une des deux équipes. Pourtant, l’égalité hommes-femmes entre êtres humains irait dans le bon sens en supprimant ces équipes.

 

Je termine en faisant un lien avec Amandyne. Si j’utilise encore ce nom, c’est parce que je n’aime pas le mien. Philippe. Sérieusement, à 32 ans, Philippe c’est pas terrible. Du coup, quand je sors maquillé et qu’on me demande mon nom, je réponds Amandyne. Parce que Amandyne n’a pas une tête à s’appeler Philippe. Mais en Angleterre, ils le savent pas que Philippe c’est un prénom d’une autre génération. Du coup j’ai déjà commencé à répondre que je m’appelle Phil. J’aime bien Phil.

 

Au final, Amandyne n’est rien d’autre que moi-même sur mon 31. Ce n’est pas un déguisement, je n’essaie pas de me faire passer pour quelqu’un d’autre. Lorsque j’enfile une robe, des talons et une perruque, je ne deviens pas une nana pour autant. Je ne change pas ma voix, je n’essaie pas de marcher avec délicatesse (même si les talons me forcent à adopter une certaine démarche) et je ne deviens pas un cliché de féminité. C’est juste moi, mais en mieux. Je suis mon propre genre, qui aime le bricolage et les talons, qui joue aux jeux vidéo et déteste le foot.

 

Au prochain épisode : l’orientation sexuelle et l’orientation romantique c’est pas la même chose, et c’est compliqué aussi.

 

* Je n’utilise pas l’écriture inclusive car je considère que la forme masculine est un neutre tout à fait correct. L’écriture inclusive, en mettant un point d’honneur à représenter les hommes et les femmes, rend invisibles les personnes de genre neutre, ce qui n’est pas très malin.

La troisième naissance d’Amandyne

Ou plutôt, la mort d’Amandyne et la naissance de Mandy.

Je vous refais l’historique des noms :

  • Quand j’ai commencé en 2006 (première naissance), je n’avais pas de présence online donc pas besoin d’un nom féminin. En découvrant Myspace il m’en a fallu un et j’ai fini par choisir Fa – qui est certes totalement nul, mais je venais de finir de regarder Zeta Gundam et je trouvais que ce serait parfait comme nom temporaire.
  • En 2008, après avoir acheté trois super perruques chez Newmee (deuxième naissance) et atteint une apparence vaguement féminine, je me suis calé sur Amandine (prénom d’une amie d’enfance que je ne fréquentais plus), stylisé Amandyne parce que j’aime bien les Y. Puis je me suis rendu compte qu’avoir un nom de famille collé derrière ferait vachement plus sérieux, et puisque je venais de finir un thé Earl Grey j’ai choisi Grey. Amandyne Grey, c’est cool. Bon, ensuite 50 Shades of Grey est devenu populaire, j’ai maintenant un peu peur qu’on suppose que je suis fan.
  • En déménageant à Londres en 2014, j’ai commencé à sortir un peu. Une ou deux fois par an. Ouais, c’est peu. Mais je me suis rendu compte que les anglais avaient beaucoup de mal avec le nom Amandyne. Je ne peux pas leur en vouloir. Du coup, j’ai commencé à dire que je m’appelais « Amandyne. A – man – deen. But call me Mandy for short. »

Puis je suis rentré en France en avril 2017. Puis je suis retourné en Angleterre en septembre. Et j’ai enfin accepté de me raser le corps au lieu de ne me reposer que sur l’épilation à la cire, laquelle ne me permet d’être libre de poils que pendant une semaine puis me force à attendre deux mois avant de retourner payer 130€. Quel idiot. C’est probablement cet espace de plusieurs mois entre chaque transformation qui m’a autant mis en retard au niveau du maquillage. J’ai enfilé ma première perruque il y a 12 ans, et je ne suis content de mon maquillage que depuis un an ou deux. C’est triste.

Du coup, j’ai commencé à m’habituer à me raser le corps. Le rasage n’est clean que pendant une douzaine d’heures, après ça le torse est de nouveau envahi. Je remercie encore une fois les deux ans de traitement à la lumière pulsée qui ont accéléré la pousse de mes poils à l’endroit où j’essayais de les faire disparaître. Sérieusement, s’il n’y avait pas eu cet échec, je serais une personne totalement différente aujourd’hui. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer la déception de passer deux années à effectuer des traitements mensuels pour être libéré de sa pire pilosité, avec la douleur qu’implique la lumière pulsée, pour finir par avoir des poils qui repoussent plus vite qu’avant. Bref. Je rase mais ça ne dure pas. Mais ça me permet de pouvoir sortir toutes les semaines.

Car elle est là, la nouvelle naissance d’Amandyne. Finies les séances photos à la maison, qui étaient la seule raison d’être d’Amandyne pendant 10 ans. Désormais, si ce n’est pas pour sortir en boîte avec d’autres tgirls, je ne vois pas l’intérêt de me préparer. Toutes ces années à expérimenter des tenues, des looks, des perruques, c’était en préparation de cette fin 2017. Et à chaque sortie son nouveau look. Pas question d’utiliser deux fois la même robe, je me dois d’innover. Ce qui me coûte assez cher en nouvelles tenues et perruques, mais au moins je suis content de moi.

 

Toutes ces photos ont été prises en moins de deux mois. Et ce n’est pas terminé. Je sors aussi cette semaine (vendredi ET samedi !), peut-être la semaine d’après, et j’ai déjà des sorties prévues début janvier. Je ne compte pas m’arrêter, parce que je me rends compte à quel point j’ai été con de ne pas sortir avant. Il y a quelque chose de réellement génial à marcher dans la rue en talons. Et puis l’attention est évidemment bienvenue, même si cela m’a valu quelques attouchements que je n’avais pas réclamé.

Je suis plus canon que jamais, j’ai une putain de confiance en moi. Je m’habille sexy, sans être vulgaire (c’est différent en Angleterre). Je suis sorti en plein jour. Je n’ai plus besoin de mettre un serre-taille et du rembourrage aux hanches, je n’y accorde plus trop d’importance. Mes prothèses mammaires en silicone (700g chacune) ne me servent plus.

Je me sens bien dans ma confusion des genres et c’est pas près de s’arrêter.

Et un début 2017 plutôt cool.

Mon aventure anglaise s’étant terminée début avril (Pourquoi ? Plein de raisons. Et j’ai eu raison ? Non.), il y a une véritable cassure dans ma vie et il est maintenant facile de faire une sorte de bilan. J’en ferai un bientôt. Il y aura bien un avant Londres et un après Londres. Mais aussi, un avant Charlotte et un après Charlotte. Elle, c’était ma petite amie là-bas. Je l’ai déjà mentionnée dans un article. Eh bien, je n’en serais clairement pas là sans elle.

Nombre de personnes croisées dans le milieu des complexé.e.s du genre ont un souci dans leur couple : soit leur compagne ne tolère pas, soit elle ne sait pas. Je n’étais pas trop à plaindre lorsque j’étais avec mon ex-femme, puisque même si elle ne m’encourageait pas elle me tolérait volontiers. Et puis je suis tombé sur une fille très fan de l’univers Drag Queen, qui connait par coeur les noms des participants des innombrables saisons de Ru Paul’s Drag Race. Ben je peux vous assurer que ça change tout.

Le soutien. L’encouragement. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point ça m’avait toujours manqué. Je me souviens encore du soir où j’ai annoncé à Charlotte que je me fringuais régulièrement en fille. Même si c’est quelque chose dont je n’ai pas honte, on ne peut jamais prévoir les réactions des gens donc ce n’est pas évident à avouer. Et effectivement, je n’avais pas prévu qu’elle jubilerait. Un copain qui met des robes et des talons, et à qui emprunter du maquillage ? Elle n’avait jamais osé en rêver.

Elle m’a donc poussé, à partir de l’été 2016 ça a vraiment porté ses fruits début 2017. Poussé à m’améliorer, à m’accepter (ce qui a d’ailleurs très bien fonctionné, le prochain article sera là-dessus). Et même si elle ne m’a jamais lancé de défis idiots, je sentais que je serais un meilleur petit-ami si j’allais encore plus loin et que je l’impressionnais avec mon courage. C’est ainsi qu’en février, lorsqu’elle a lancé en l’air l’idée que je sorte en nana avec mes vrais cheveux, dans un coin discret un soir, j’ai proposé qu’on aille carrément au cinéma. Et c’est ce qu’on a fait.

Bon par contre, c’était pas mon meilleur look : maquillage discret, fringues pas provocantes, pas de talons, je me sentais assez quelconque. Mais c’est avec la plus grande des satisfactions que j’ai constaté que personne ne m’a regardé de travers. J’ai même eu droite à un regard incrédule de l’employé du cinéma lorsque je lui ai tendu ma carte illimitée et qu’il a vu la photo, comprenant qu’il n’avait pas une fille en face de lui. Priceless.

Sous l’impulsion de Charlotte, je me suis mis à améliorer ma technique, regarder plus de tutos, renouveler mon maquillage, et me sentir mieux dans mon corps. Et dans mes cheveux.

J’ai été brièvement chez le coiffeur deux fois en 2015, et plus du tout depuis. Mes cheveux sont une espèce de masse sans forme définie qui s’étire en longueur et sut les côtés, et on ne peut pas dire qu’ils fassent ni masculin ni féminin. Du coup, en mec c’est moche et en nana c’est pas féminin. Mais bon, c’est quand même pas trop trop mal sous certains angles :

Et aussi, je me suis mis à acheter pas mal de fringues sur Boohoo.com. Une robe à £8, plus une autre à £10, plus un haut à £7 et une jupe à £8… la facture ne grimpe pas vite donc on se gave. Et sans être de la qualité, c’est quand même assez joli. Jugez vous-mêmes.

 

 

Et puis ensuite, il y a eu le retour au Pink Punters. Mais si vous savez, la boîte LGBT qui a beau être la plus réputée d’Angleterre il y a quand même 80% d’hétéros dedans. C’était un peu mon adieu à l’Angleterre. J’allais partir dans les semaines qui suivraient et je voulais faire honneur à mes cheveux. Alors j’ai quand même des extensions, mais à la base c’est bien mes cheveux tirés en arrière.

Voilà voilà. C’était tout pour les trois premiers mois de 2017. Je suis rentré en France début avril et je me suis posé à Nantes, et je n’ai rien d’intéressant à raconter jusqu’à la Pride de juin. Mais ça, ce sera pour un autre moment les enfants.

Une chouette fin 2016

Je suis incorrigible. Je suis incapable de donner des nouvelles en direct. Et pourtant, y’a eu du bon : je suis allé au McDo fringué en nana… mais sans perruque. Ce qui n’est sérieusement pas rien. Bon, il était 2h du matin et c’était pas loin de la plus grosse boîte LGBT d’Angleterre, mais quand même.

C’est ainsi que le 17 décembre dernier je suis retourné au Pink Punters, un an après ma dernière visite, et pour citer Léa Salamé, ben j’ai fait péter le décolleté. Avec cette robe c’était super difficile de planquer tout l’attirail nécessaire au rapprochement des boobs, et le rembourrage était aussi impensable. Je m’en suis pas trop mal tiré au final (un soutien gorge en silicone plat à forme bizarre, de la mousse, de l’adhésif double face), mais c’est loin d’être le déferlement de poitrine auquel on est en doit de s’attendre avec cette robe.

Par contre, mes hanches en mousse toutes neuves (fraichement découpées avec un couteau électrique, jouissif cet outil) étaient du meilleur effet. Et puis à 2h du matin, Madame qui m’accompagnait avait envie d’un McDo, soit. J’y suis allé mais j’en avais marre de la perruque. Je l’ai donc enlevée et j’y suis allé comme ça. J’ai eu une sale remarque en rentrant qui m’a fait sourire (de la part d’un client, pas du staff), et pour le reste c’est passé tout seul. C’était un gros pas, et c’était réussi. Même pas eu peur. Et pourtant, mes cheveux ne ressemblaient sérieusement à rien. Je pense juste que au bout d’un moment, le plaisir de provoquer la surprise prend le dessus sur le trac.

 

Quelques jours plus tard j’ai fait une petite session essayages à la maison. Je suis très fan de la robe de soirée bleue et de la Skater Dress noire, le reste moins. Faites pas attention à la fin…

 

D’habitude les photos de lingerie c’est ce par quoi commencent les travestis qui se découvrent. Moi je m’y mets après 10 ans.  Je fais rien comme tout le monde.

Quelques nouvelles de 2016

 

Je semble n’être actif qu’une seule fois par an. C’est à peu près ça. Et c’est à peu près la fréquence à laquelle je vérifie le Facebook d’Amandyne.

Mais ça va peut-être changer un peu.

Je suis sorti en nana en décembre 2015, et c’était tout une expérience (voir le précédent article. Flemme de mettre un lien). Sans compter Halloween 2014, c’était du coup la première vraie fois que je le faisais. Et jusqu’en septembre 2016, ben rien. L’impossibilité d’aller se faire épiler en institut pour moins de £150 a beaucoup limité Amandyne.

J’ai la chance insolente d’avoir une copine très fan de drag queens et regardant religieusement RuPaul’s Drag Race. Vous imaginez bien qu’elle a pris Amandyne comme une bénédiction. Soyez jaloux.

Donc, en août elle m’a convaincu que je devais dépoussiérer Amandyne. Déjà parce qu’elle voulait vraiment me voir en fille, et surtout parce que ça crèvait les yeux que ça me ferait du bien. Quand on voit les milliers de photos que j’ai pris… tiens, je vais d’ailleurs aller les compter.

Plus de 17.000. Rien que ça.

Bref, j’ai été convaincu de reprendre Amandyne. L’épilation faite (à la maison), j’ai pu me remettre avec plaisir au maquillage le temps d’une soirée.


Mais j’ai surtout pu tester si mes cheveux (que je laisse toujours pousser) me permettraient bientôt de me passer d’une perruque.

Alors c’est pas pour tout de suite, mais c’est sérieusement encourageant ! Jugez vous-mêmes (sur ces photos qui me montrent évidemment sous mon meilleur angle). Je pense que d’ici mars-avril je les aurai assez longs pour qu’ils ressemblent à quelque chose sans devoir passer dans un salon de coiffure.

J’avais en même temps promis à Charlotte (la copine en question) que si le temps s’y prêtait, on sortirait Amandyne en ville dans une boîte LGBT le samedi d’après. J’ai un peu dit ça en l’air, pas vraiment chaud à l’idée de l’emmener dans un endroit que je connaissais pas. Et puis en me connectant au Facebook d’Amandyne, je vois Rachel Sweet qui m’avait envoyé un message quelques jours plutôt pour me proposer d’aller au Way Out Club ce samedi. Grosse coïncidence que voici : quelqu’un que j’avais rencontré l’année dernière au Pink Punters me propose de la rejoindre à l’endroit où j’avais sorti Amandyne pour Halloween. Ce samedi. Décidément, tout est parfait.

Et ça s’est super bien passé. Charlotte était ravie de voir Amandyne. J’ai marché de la voiture jusqu’au Way Out Club, en talons, même pas mal (OK, au retour j’en pouvais plus de ces fichus talons). Au retour on avait faim, on est donc allés au McDo. Et j’ai été chercher ma bouffe tel quel. J’ai commandé à une borne, parce que faut pas exagérer, me balader en nana je fais ça étape par étape, je vais pas directement commander mon Chicken BLT (sans sauce barbecue s’il vous plait) fringué comme ça avec ma voix de mec et mon accent à la con.

Histoire de finir ce début de septembre en beauté (l’espérance de vie d’Amandyne n’est jamais bien longue, faute à la repousse des poils), j’ai pu faire une petite séance d’essyage la semaine suivante avec des robes que ma coloc ne portait plus (la coloc est au courant pour Amandyne depuis mes débuts). Elle et Charlotte se sont donc délectées de me voir essayer toute la soirée des looks assez inédits pour moi. Jugez donc.

Septembre passe, nous arrivons en octobre. Et en octobre, il y a Halloween qui arrive. Donc ce n’est pas vraiment un évènement pour Amandyne, puisque c’est censé faire peur. Ne me dites pas qu’Amandyne vous fait peur. J’ai ainsi passé le mois à glâner des idées et des bouts de costume. Et puis entre temps, j’ai eu l’occasion de sortir Amandyne à Brighton le temps d’une soirée pour aller voir un spectacle de drag queen – peut-être que le nom de Jinkx Monsoon dira quelque chose à certains d’entre vous. Préparation rapide, puis une heure et demie de route, spectable, puis retour. Je n’ai pas vraiment profité d’Amandyne puisque je n’étais pas très fier de ma tenue, mais je suis allé dans un supermarché puis une station essence et j’ai dû parler à des gens, ce qui n’est pas rien. Nouvelle étape franchie. Voici la seule photo de cette tenue :

Chaque année au boulot il y a une sorte de concours de costume pour Halloween. J’attendais donc ça avec impatience : pouvoir déambuler en talons au travail en toute impunité, c’est tentant. Et puis dites-vous bien qu’une bonne transformation impose le respect auprès des gens qui ne se doutent de rien.

Ben le moins qu’on puisse dire, c’est que le pari a été réussi. Tout le monde a été bluffé puisque personne ne s’y attendait. Je pense qu’ils n’avaient jamais vu un travesti de leur vie. Les questions du genre « Tu as fait le maquillage toi-même ? – Oui oui – Noooooooooooon pas possible », « Comment t’as fait pour la poitrine ? » et « C’est pas dur de marcher en talons ? » ont fusé toute la journée. J’ai fini troisième au concours, sur le podium donc. Et plusieurs filles ont demandé à toucher mes seins. Ca n’arrive pas tous les jours.

Le soir je suis allé rejoindre des amis dans Londres. Ils m’avaient déjà vu en Dame du Lac il y a quelques années et ont modérément surpris. J’ai eu l’occasion de faire du Dance Dance Revolution en talons, c’était pas évident. Mais les gens m’arrêtaient dans la rue pour me prendre en photo et plusieurs enfants m’ont avec un grand sourire que mon déguisement était super réussi. Et ça, ça vaut de l’or.

Et maintenant, que reste-t-il pour Amandyne en 2016 ? Eh bien, en décembre je retourne au Pink Punters comme l’année dernière. Je ferai probablement une ou deux autres sorties histoire de profiter à fond. Mais une chose est claire, je ne suis plus un travelo de placard. J’achète des robes pour sortir, et je n’ai jamais été aussi heureux d’être un travesti. Je regrette sérieusement mes dix dernières années à rester chez moi.