« Es-tu un garçon ou une fille ? – Non. »

Non, je ne souhaite pas devenir une femme.
Non, je ne me sens pas femme lorsque j’enfile une robe.
Non, je n’ai pas besoin d’exprimer ma féminité.
Et pour cause.

 

Déjà, aviez-vous remarqué que la langue française n’a même pas de terme désignant précisément un individu* s’habillant avec les vêtements du genre opposé? Crossdresser n’a pas d’équivalent, et tout ce que l’on peut utiliser en restant franco-français est travesti, ce mot (péjoratif) dont la définition officielle est simplement “qui se déguise en un personnage”.

 

Mais au final, ça ne me concerne plus. Il y a un peu plus d’un an, il y avait eu une petite après-midi de formation au boulot sur la transsexualité. Effectifs: un formateur et trois employés volontaires (dont moi). Ca n’intéressait personne. J’y suis allé par curiosité, et j’en suis ressorti avec une vision différente de la vie. Carrément. Ce qui a changé, c’est que le formateur (né femme, mais préférant être désigné par un pronom neutre, facile en anglais) a parfaitement expliqué ce qu’était la non-binarité. J’ai été convaincu, et depuis je ne me désigne plus comme un homme – mais pas comme une femme non plus, c’est le principe. Par conséquent, je ne peux plus être un crossdresser étant donné que je n’ai plus de genre opposé.

 

L’idée, c’est que ce n’est pas la forme de ses organes génitaux qui va déterminer ce que l’on fait dans la vie. Et que la féminité et la virilité sont des notions d’une autre époque.

 

Est-ce que mettre une robe, c’est féminin ?

Est-ce que avoir de la barbe et se raser, c’est masculin ?

 

Vous répondrez par réflexe oui et oui. Mais qu’en est-il des femmes qui ne mettent jamais de robes (j’en avais épousé une) et de celles qui ont de la moustache et doivent l’épiler ? Ne sont-elles plus des femmes ? “Non, ça ne leur enlève pas leur statut de femme”, me direz-vous. Mais alors, qu’est-ce qui fait que l’on est une femme ou un homme ? Si ce n’est pas nos habitudes typiquement liées à un genre, est-ce seulement la forme de nos organes génitaux ? Ou notre sexualité ? Suis-je un homme si je suis attiré par les femmes ? La seule réponse que l’on pourrait me donner ayant un peu de sens serait “Je suis capable de donner la vie et d’allaiter donc je suis une femme”, mais la ménopause (ou la stérilité) enlèverait le statut de femme à ces personnes. Et de toutes façons, on en revient au sexe biologique et plus au genre.

 

Et c’est parce que ces questions sont tellement compliquées, qu’il est impossible de définir précisément ce qu’est le genre féminin ou le genre masculin, que j’ai décidé de botter en touche et rejoindre ces personnes réunies autour du “Mais qu’est-ce qu’on s’en branle ?”.

 

Dans la guerre Coca-Cola contre Pepsi, j’ai rejoint les rangs de Coca-Cola et vous ne me ferez jamais boire de Pepsi. Quand je demande un Coca dans un bar et qu’on me dit “Un Pepsi ça va ?”, je jette un regard noir au serveur et je réponds “Une limonade alors, merci”. Et là vous vous dites “On s’en fout de cette guerre, moi je bois aussi bien l’un que l’autre c’est du pareil au même”. Peut-être ne buvez-vous même pas de sodas, ou quoi que ce soit de gazeux. Félicitations, vous venez de vous déclarer non-binaire en ce qui concerne les sodas.

 

“Tu pars en vacances en juillet ou en août?”

“C’est quoi la meilleure de toutes les marques de voiture, Audi ou BMW?”

“Tu manges où si t’as la dalle, McDo ou KFC ?”

“La meilleure triologie c’est Star Wars ou Indiana Jones ?”

 

Vous comprendrez donc pourquoi il existe une alternative qui est “Ni l’un ni l’autre”, et qui fonctionne très bien pour les genres pour peu qu’on y réfléchisse.

 

La non-binarité se résume simplement à estimer que l’on est ni seulement homme ni seulement femme. Maintenant, dans la non-binarité, il y a une infinité de sous-catégories. Des hommes-femmes, des sans-genres, des genderfluid, chaque personne pouvant avoir sa propre définition parce que chacun est unique.

 

Du coup, où est-ce que je me situe là-dedans ? Eh bien, je ne sais pas trop. Et je m’en fiche un peu. Ma vision des choses est la suivante : le fait que je possède un appareil génital mâle ne vous dira rien sur moi, donc pourquoi m’appeler un homme ? Ca sert à quoi au juste ?

 

Comprenez-moi bien : je ne me réclame pas d’un genre à part, je dis juste que le concept de genre est une aberration. Si vous voulez vraiment me mettre dans une catégorie, “sans genre” me correspondrait le plus. Après, je n’ai rien contre les gens qui se déclarent d’un genre précis (c’est à dire 99.999% de la population) et je ne vais pas militer pour qu’ils abandonnent l’étiquette “homme” ou “femme” qu’on leur a collé et qu’ils ont volontiers gardé. Tout ce que je réclame, c’est le droit de n’appartenir à aucun des deux groupes.

 

Passons en revue la plupart des traits volontiers attribués au genre masculin (en opposition au genre féminin). Un homme…

  • ça aime le sport
  • ça aime les voitures
  • ça fait pipi debout
  • ça se trouve beau
  • ça a de l’ambition professionnelle
  • ça aime le bricolage
  • ça aime les armes à feu
  • ça joue aux jeux vidéo
  • ça préfère les chiens aux chats
  • ça se vante de ses conquêtes
  • ça aime bien la science et les maths
  • ça oublie les anniversaires
  • ça aime les femmes (et seulement les femmes)
  • ça n’a pas les cheveux longs
  • ça fait des concours de qui boira sa bière le plus vite
  • ça ne comprend rien au maquillage
  • ça ne fait pas le ménage
  • ça ne prend pas soin de son apparence
  • ça ne pleure pas devant les films
  • ça ne veut pas d’enfants avant 30 ans

 

J’ai écrit cette liste sans trop de mal, car ce sont des clichés qui viennent immédiatement à l’esprit pour opposer les hommes et les femmes. Seulement, je ne connais personne qui remplisse tous ces critères. Et la plupart de mes amis en remplissent à peine la moitié. Personnellement, seuls quatre ou cinq s’appliquent à moi. Et pourtant si on demande à n’importe qui dans mon entourage, il n’y a pas de doutes, je suis un homme. Serait-ce lié à mes organes génitaux alors ? C’est idiot pourtant, car à part mes partenaires sexuels personne n’est allé vérifier ce que je possédais sous la ceinture – je ne vois donc pas pourquoi on me caractériserait selon ça.

 

Mon but ici, c’est bien de vous faire comprendre que j’ai tout à fait le droit de ne me sentir à l’aise dans aucune catégorie. Je ne corresponds pas aux caractéristiques de comportement attribuées aux hommes, et je n’ai pas un corps de femme. Bref, je suis moi et je ne ressemble à personne.

 

Pourtant, j’aimerais bien que tout le monde pense pareil. Que l’on arrête de réfléchir en termes de équipe A et équipe B pour systématiquement opposer deux moitiés de la population humaine. Ou qu’on arrête d’opposer les gens, simplement ? J’ai parfois l’impression que ce qui rapproche les membres d’un genre est principalement l’opposition à l’autre genre – alors qu’il suffirait juste de se rendre compte qu’il existe d’autres options. “- PSG ou OM ? – Oh tu sais, moi j’aime pas le foot…”

 

Mais je ne vais pas militer activement pour la non-binarité. Si j’ai mis trente ans avant de me remettre en cause le concept de genre, je ne m’attends pas à ce que l’idée soit bien reçue par des personnes se sentant à l’aise dans une des deux équipes. Pourtant, l’égalité hommes-femmes entre êtres humains irait dans le bon sens en supprimant ces équipes.

 

Je termine en faisant un lien avec Amandyne. Si j’utilise encore ce nom, c’est parce que je n’aime pas le mien. Philippe. Sérieusement, à 32 ans, Philippe c’est pas terrible. Du coup, quand je sors maquillé et qu’on me demande mon nom, je réponds Amandyne. Parce que Amandyne n’a pas une tête à s’appeler Philippe. Mais en Angleterre, ils le savent pas que Philippe c’est un prénom d’une autre génération. Du coup j’ai déjà commencé à répondre que je m’appelle Phil. J’aime bien Phil.

 

Au final, Amandyne n’est rien d’autre que moi-même sur mon 31. Ce n’est pas un déguisement, je n’essaie pas de me faire passer pour quelqu’un d’autre. Lorsque j’enfile une robe, des talons et une perruque, je ne deviens pas une nana pour autant. Je ne change pas ma voix, je n’essaie pas de marcher avec délicatesse (même si les talons me forcent à adopter une certaine démarche) et je ne deviens pas un cliché de féminité. C’est juste moi, mais en mieux. Je suis mon propre genre, qui aime le bricolage et les talons, qui joue aux jeux vidéo et déteste le foot.

 

Au prochain épisode : l’orientation sexuelle et l’orientation romantique c’est pas la même chose, et c’est compliqué aussi.

 

* Je n’utilise pas l’écriture inclusive car je considère que la forme masculine est un neutre tout à fait correct. L’écriture inclusive, en mettant un point d’honneur à représenter les hommes et les femmes, rend invisibles les personnes de genre neutre, ce qui n’est pas très malin.

Photos décembre 2013 (2)

Voici avec deux mois de retard une nouvelle série de photo, datant en effet de fin décembre (et j’en ai encore une autre). Il va vraiment falloir que je me décide à investir dans de l’éclairage, parce que là ça devient juste impossible. Entre la maison aux pièces petites et super sombres et mon objectif défectueux, rien ne m’aide à faire de jolis clichés. Essayez d’apprécier quand même !

Vidéo : une petite perle de chez Xdressing

Décidément, je ne serai jamais satisfait par une méthode de décolleté, puisque voici encore une nouvelle vidéo venant supplanter la dernière en date. Mais heureusement, ce pourrait bien être la plus satisfaisante. Le Magic Bra (rien à voir avec le précédent Magic Bra), trouvé sur la boutique française des travestis Xdressing à cette adresse, est assez joli et possède la particularité de rapprocher les bonnets grâce à un système d’attache assez intelligent. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes sur la vidéo !

vlcsnap-2014-01-08-06h54m47s125

Lien Youtube : http://youtu.be/ND4ikLdsH6U

J’exige une explication

Vues de la première vidéo sur environ les deux derniers mois :

Aazerba

Si quelqu’un a une piste sur la raison de ce classement, je suis preneur.